La nuit transforme parfois le bitume de la RN7 en un véritable théâtre d’ombres. C’est une expérience terrifiante, bien loin d’un simple trajet touristique, que nous avons vécue lors d’un retour de Manakara le 25 juin 2011. Ce qui s’est passé sur ce tronçon sinueux entre Vohiparara et Ranomafana dépasse la simple anecdote de voyage : c’était une plongée dans l’irrationnel.
Une course contre la montre sous haute tension
L’aventure débute dans une atmosphère lourde. Nous étions un groupe de six (trois hommes, trois femmes) plus l’équipage, à bord d’une Mazda légère. Partis tardivement de Manakara, nous avons dû rouler vite pour rattraper le temps perdu.
La tension est montée d’un cran lors d’un contrôle de gendarmerie. En raison d’un couvre-feu implicite sur la route, les forces de l’ordre ont été formelles :
« Roulez vite. Une fois que vous entrez dans la zone d’Ifanadiana, ne vous arrêtez sous aucun prétexte avant d’être arrivés en ville. »
Le chauffeur, visiblement nerveux, nous a expliqué la situation : nous étions en retard sur le convoi et désormais la seule voiture isolée sur la route. À l’approche de la grande montée entre Vohiparara et Ranomafana, il nous a briefés : c’était l’heure critique.
La traversée de l’horreur entre Vohiparara et Ranomafana
Alors que nous abordions cette fameuse côte, le chauffeur a ordonné le verrouillage immédiat de toutes les vitres. Son explication a jeté un froid glacial dans l’habitacle : c’était l’heure de sortie des sorciers.
« Regardez sur le bas-côté, mais ne baissez surtout pas les vitres » a-t-il prévenu. S’arrêter ou laisser une ouverture ici signifiait s’exposer à des jets de souillures ou des malédictions.
L’obscurité était totale, mais nos phares ont révélé l’impensable. Tout au long de l’ascension, nous avons distingué des silhouettes humaines marchant sur le bord de la route. Ce n’étaient pas des villageois. Il s’agissait d’hommes et de femmes entièrement nus, certains aux cheveux ébouriffés, marchant seuls ou par groupes de deux ou trois, à intervalles réguliers.
La peur s’est emparée des passagères qui se sont couvertes la tête avec leurs lambahoany (sorte de couverture), refusant de voir ça, murmurant des prières. J’ai compté environ onze de ces apparitions spectrales tout au long de la montée. Le chauffeur, habitué mais concentré, a maintenu le rythme pour ne surtout pas caler face à ces entités.

Pourquoi la zone entre Vohiparara et Ranomafana est-elle si redoutée ?
Ce segment de route entre Vohiparara et Ranomafana semble cristalliser de nombreux dangers, mystiques ou réels :
- Les rencontres nocturnes : La présence avérée de ces individus nus marchant dans le noir complet crée un climat d’insécurité totale. Le chauffeur nous a confirmé que ces « sorciers » foisonnent dans la zone.
- Le danger invisible de jour : L’étrangeté des lieux ne se limite pas à la nuit. Une source rapporte qu’une voiture circulant en plein jour, vers midi, sur ce même tronçon entre Vohiparara et Ranomafana, s’est retrouvée inexplicablement retournée, les quatre roues en l’air, sans avoir croisé aucun autre véhicule.
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Halte à Ifanadiana : la fuite comique
Une fois le sommet atteint et la descente vers Ifanadiana amorcée, le chauffeur a insisté : vitres fermées. Même avec la foule et les lampions de la veille de la fête nationale, le risque que quelqu’un agresse ou provoque était trop grand.
Il était 22 heures lorsque nous nous sommes arrêtés à un hôtel pour manger. La suite fut tragi-comique. Installés à l’étage, nous avons été servis par une dame d’une froideur polaire. Le repas ? Un riz froid et un laoka (accompagnement) encore gelé. Immangeable.
Excédés, certains passagers ont demandé où étaient les toilettes. « En bas ! » a aboyé la serveuse. L’un après l’autre, ils sont descendus… pour ne jamais remonter. Ils avaient fui vers la voiture pour éviter de payer ce service désastreux. Seuls deux d’entre nous ont réglé la note. Le chauffeur, amusé : « Allez, on part, vous avez bien raison de fuir ». Nous sommes arrivés à Tananarivo à 7h du matin, sains et saufs.

Ce qu’il faut retenir
Si vous devez voyager sur la RN7, soyez vigilants. La zone entre Vohiparara et Ranomafana n’est pas un lieu où l’on traîne la nuit. Si votre chauffeur vous dit de fermer les vitres et de foncer, écoutez-le. Ce que nous avons vu cette nuit de juin restera gravé dans nos mémoires à tout jamais.
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© Erhmann Azar

Gaël Rakotovao, ingénieur d’études et d’exploitation puis diplômé de l’École Supérieure Polytechnique d’Antananarivo et actuellement CTO chez Mada Creative Agency, est également photographe passionné spécialisé dans les paysages, la culture et la cuisine malgache. Il cumule plus de 15 ans d’expérience en marketing digital, SEO, formation (SEO, photographie, crypto‑minage) et exerce aussi comme guide touristique certifié par le ministère du Tourisme autour de Madagascar.