Fort-Dauphin (Tolagnaro) ne se donne pas, elle s’arrache au kilomètre. Il faut imaginer ce point de chute au bout du monde, terminus d’une RN 13 mythique où le bitume ne fait acte de présence que sur les ultimes instants, comme pour récompenser le voyageur d’avoir tenu bon.
Ici, l’histoire précède la carte postale : bien avant d’être surnommée la « Côte d’Azur malagasy », la cité voyait déjà Pronis jeter l’ancre en 1643 dans la baie de Taolankarana, baptisant les lieux sans savoir que le Dauphin régnait déjà sous le nom de Louis XIV. Ce « Site de Rêves » est une terre de contrastes violents et sublimes, où la rudesse de l’accès protège une douceur de vivre insoupçonnée, réservée à ceux qui acceptent que le voyage soit aussi important que la destination.
Comment rejoindre Fort-Dauphin ?
Il faut être honnête : on ne vient pas à Fort-Dauphin par hasard. L’accessibilité est le premier filtre, celui qui sélectionne les passionnés, les aventuriers, ceux pour qui le voyage compte autant que la destination. Pour rejoindre cette perle du sud-est, plusieurs options s’offrent à vous, mais toutes racontent une histoire de patience et de paysages grandioses.
Si vous optez pour la voie terrestre, préparez-vous à une véritable épopée. La Route Nationale 13 (RN. 13), qui débute à la bifurcation située à 15 km d’Ihosy, s’étire sur 492 km avant d’atteindre Fort-Dauphin. C’est un tracé mythique, souvent redouté, où seuls les 75 derniers kilomètres, depuis Amboasary, offrent le répit du bitume. Pour ceux venant de l’ouest, la RN. 10 part d’Andranovory et rejoint la R.N. 13 à quelques kilomètres d’Ambovombe. Au total, Fort-Dauphin se dresse à 624 km de Tuléar. Une distance qui, sur le papier, semble raisonnable, mais qui sur le terrain, se transforme en une leçon d’humilité face à la nature.

Le récit de voyageurs ayant bravé ces pistes est éloquent. Imaginez un périple familial, avec des enfants en bas âge, où la notion de confort laisse place à l’ingéniosité. Les provisions sont stockées dans des cartons, l’eau en bouteille sert autant à boire qu’à se laver sommairement. Le trajet via la RN. 12A, par exemple, peut s’étendre sur plusieurs jours. Une première nuit à Farafangana, une seconde près d’un bac manqué de justesse, une troisième à ankodahoda (nulle part) à cause d’un pneu éclaté… C’est cela, l’esprit de l’aventure vers Fort-Dauphin. Les pannes mécaniques, comme un alternateur défaillant ou des crevaisons à répétition, font partie du scénario. Pourtant, comme le soulignent ceux qui l’ont vécu, « il faut prendre goût au voyage ». Même après quatre nuits sur la route, arriver à 3h30 du matin aux portes de la ville procure une émotion indescriptible.
À l’inverse, le retour par la RN. 13 peut parfois se dérouler sans encombre, comme une bénédiction, permettant même une halte piscine à Tuléar. Pour ceux qui craignent la fatigue ou qui ne disposent pas de véhicules adaptés, l’avion reste l’alternative la plus sage, car la route exige une endurance physique et mentale certaine.

Historique de Fort-Dauphin
Une fois la poussière de la route retombée, la ville dévoile son âme. Fort-Dauphin est chargée d’une histoire dense, marquée par les premières tentatives de colonisation française dans l’Océan Indien. En parcourant la ville, on marche sur les traces de Pronis et de Foucquembourg. C’est Pronis qui, fuyant l’insalubrité de Sainte-Luce, découvrit la baie de Taolankarana à la fin de l’année 1643. Il y fonda le comptoir qu’il nomma « Fort-Dauphin » en l’honneur de l’héritier du trône de France, ignorant alors que le futur Louis XIV régnait déjà.
Les vestiges de cette époque sont encore visibles et confèrent à la ville une atmosphère particulière. En ville, le Fort Flacourt impressionne par sa porte datant de 1643, antérieure même à l’arrivée du gouverneur Étienne de Flacourt, célèbre pour sa « relation » historique et géographique. Le bastion, avec ses vieux canons de 1769, et le Chemin de Ronde offrent une vue imprenable sur la cité. C’est un lieu de mémoire où l’on peut imaginer la vie rude des colons jusqu’à l’abandon du fort par La Bretèche en 1674.
Mais l’histoire de la région remonte encore plus loin. Pour les amateurs d’exploration historique, une excursion vers le Fort des Portugais est incontournable. Situé à environ 6 km de l’aérodrome, suivi d’un trajet en pirogue d’une heure sur la rivière Fanjahira, ce site est entouré de mystère. Les habitants locaux l’appellent « Tranovato » (maison de pierre). Édifié vers 1504 ou 1524, ce fortin carré aux murs d’un mètre d’épaisseur se dresse au milieu de manguiers centenaires. Le toit a disparu, mais trois des quatre murs subsistent, témoins silencieux du massacre de ses occupants il y a plusieurs siècles. C’est une immersion poignante dans le passé, au cœur d’un site naturel agréable où la rivière enlace les ruines.
Panoramas et nature : La magie des paysages de Fort-Dauphin
La ville de Fort-Dauphin est bénie par un climat clément et une géographie spectaculaire. Dès l’arrivée, en pénétrant dans l’Anse Dauphine, le regard est happé par le Pic Saint-Louis. Culminant à 529 mètres, ce sommet est la sentinelle de la région. Son ascension est un passage obligé pour qui veut saisir toute la beauté du site. Bien que le panneau indique un accès aisé et fléché d’une heure, les retours d’expérience nuancent cette facilité : c’est une véritable randonnée d’adulte, parfois ardue, qui peut prendre deux heures pour la montée.

Attention cependant à la météo : en hiver, les pluies peuvent rendre le sentier glissant et dangereux. Il est conseillé d’attendre une semaine de temps sec avant de s’y aventurer. Mais là-haut, la récompense est absolue. C’est sans doute l’un des plus beaux panoramas de Madagascar, offrant une vue à 360 degrés sur les baies, la ville et l’arrière-pays verdoyant.
La nature autour de Fort-Dauphin est généreuse. Sur la route de Manantenina, à seulement 9 km, se trouve la station agricole et le jardin d’essai de Nahampoana, un havre de paix où la flore tropicale explose de couleurs. Un peu plus loin, à 12 km, la réserve naturelle de Mandona attend les amoureux de la forêt. Sur la RN. 13, en direction d’Ihosy, le domaine de Manantately offre des cascades rafraîchissantes et l’observation de lémuriens, symboles de la faune malgache. Pour les botanistes amateurs, notez que sur la route de Lokaro, une des plus belles orchidées de l’île fleurit entre juillet et août, un spectacle éphémère à ne pas manquer.

Baies, plages et farniente à Fort-Dauphin
Si l’aventure et l’histoire nourrissent l’esprit, les plages de Fort-Dauphin apaisent le corps. La ville est une presqu’île bordée de criques et de baies d’une beauté saisissante. La plage de Libanona, souvent appelée plage du Gendarme, est la plus célèbre. Nichée en contrebas, elle offre un sable fin où Dauphinois et vacanciers viennent s’étendre. C’est un lieu de vie, propre et accueillant, doté d’infrastructures touristiques modernes mais intégrées, utilisant des matériaux locaux.
Cependant, se limiter à Libanona serait une erreur. En sortant de la ville vers la gauche, on peut admirer la baie des Galions, un site boisé propice à la pêche et à la détente. Plus loin, sur la route d’Amboasary, la baie d’Italy (ou Ranofotsy) et le lac du même nom offrent des paysages où l’eau douce rencontre l’océan.

Mais le véritable trésor caché de Fort-Dauphin est sans conteste la baie de Lokaro. Pour l’atteindre, il faut parcourir 19 km sur la route de Manantenina jusqu’à Mandromodromotra, puis bifurquer vers Evatraha. L’excursion est une aventure en soi, souvent combinée avec une balade en pirogue depuis le lac Mananivo. Lokaro est un sanctuaire de criques sauvages, d’îlots comme Sainte-Claire (accessible à pied par marée basse ou en pirogue), et de plages de sable immaculé ombragées par des badamiers. C’est un paysage de carte postale, préservé et enchanteur. À proximité, la pointe d’Itaperina et son phare veillent sur ces eaux turquoises.
En remontant encore vers le nord par la route nationale 12a, on atteint Sainte-Luce. Si Sainte-Claire est belle, Sainte-Luce est décrite comme une perle. C’est ici que les premiers Français s’installèrent, avant de fuir l’insalubrité pour créer Fort-Dauphin. Aujourd’hui, c’est un paradis écologique, loin de l’agitation, où la forêt littorale rencontre l’océan.

Guide pratique : vivre et savourer Fort-Dauphin
Au-delà des paysages, Fort-Dauphin est une ville qui se vit. C’est une cité propre, animée, où l’accueil est chaleureux. Contrairement à d’autres destinations touristiques, la ville garde une activité économique forte grâce à son port d’Ehoala, exportant sisal, ricin, mica et bovidés.
Où dormir à Fort-Dauphin ?
L’offre hôtelière est variée, bien que parfois insuffisante en haute saison. Il est donc prudent de réserver.
- Pieds dans l’eau : Pour ceux qui rêvent de se réveiller face à la mer, l’Ankoba Beach et la Keralah Residence proposent des piscines agréables. La Villa Océane, gérée par un propriétaire expatrié, offre un accès direct à la mer (sans piscine) et inclut le petit-déjeuner, avec une aide précieuse pour l’organisation de vos sorties.
- Vue panoramique : Si vous préférez dominer l’océan, le Talinjoo et l’Ex-Lavasoa (disponible sur Airbnb) offrent des vues sur les falaises. L’Ex-Lavasoa dispose même d’une cuisine commune, idéale pour les voyageurs souhaitant cuisiner leurs propres produits.
- Budget : En centre-ville, on trouve des hébergements corrects à partir de 68 000 AR.

Gastronomie et plaisirs de la table à Fort-Dauphin
La ville est un paradis pour les amateurs de fruits de mer. Les restaurants sont nombreux et la qualité est souvent au rendez-vous.
- Les incontournables : « L’Arrivage », « Chez Mirana », « Chez Anita » à Ambinanikely ou encore « Chez Rosia ».
- L’expérience locale : Si vous aimez les huîtres, c’est ici qu’il faut en profiter. Chez François, à Ankoba, ou directement auprès des vendeurs sur la plage, vous pouvez déguster des huîtres fraîches pour environ 500 AR.
- Le luxe accessible : La langouste est abondante à Fort-Dauphin. Sur la plage, il est possible de savourer des langoustes grillées délicieuses pour seulement 1 000 AR, un rapport qualité-prix imbattable.
- Vie nocturne : Le soir, l’ambiance se détend autour de brochettes près de l’hôtel de ville, un moment simple et convivial. Petit bémol noté par les habitués : les pizzas sous le Kaleta ne font pas l’unanimité, mieux vaut privilégier les fruits de mer !

Se déplacer et s’activer à Fort-dauphin
En ville, le moyen de transport roi est le Bajaj (tuk-tuk). La course varie généralement entre 1 000 AR et 2 000 AR selon la distance, mais attention, les tarifs peuvent doubler la nuit. Ils sont souvent équivalents à ceux des taxis.
Côté activités, outre la randonnée et la plage, Fort-Dauphin est un spot reconnu pour le surf, notamment à Libanona ou sur les spots plus sauvages. Le lac Lanirano, à seulement 2 km de la ville, est le rendez-vous du Club Nautique. Pour une excursion plus lointaine, direction Amboasary Atsimo pour voir le lac Anony et ses flamants roses (selon la saison) ainsi que les dunes immenses.

Repartir de Fort-Dauphin, c’est avoir vécu une expérience qui dépasse le simple tourisme balnéaire. C’est la satisfaction physique d’avoir dompté le Pic Saint-Louis ou d’avoir bivouaqué sur une route capricieuse pour se réveiller face à l’immensité de l’Océan Indien. Cette ville laisse le souvenir d’une aventure brute, mélangeant la saveur des langoustes grillées sur le sable fin et la poussière des pistes interminables. C’est une destination qui exige du « sport » et de la patience, mais qui offre en retour une authenticité rare. Comme le disent ceux qui ont bravé les kilomètres pour l’atteindre : c’est une aventure totale où, même si la route filtre les visiteurs, la beauté des lieux finit toujours par justifier chaque secousse du trajet.
Photos de Fort-Dauphin
Vidéo de Fort dauphin
©Andrianjafy Mialy

Gaël Rakotovao, ingénieur d’études et d’exploitation puis diplômé de l’École Supérieure Polytechnique d’Antananarivo et actuellement CTO chez Mada Creative Agency, est également photographe passionné spécialisé dans les paysages, la culture et la cuisine malgache. Il cumule plus de 15 ans d’expérience en marketing digital, SEO, formation (SEO, photographie, crypto‑minage) et exerce aussi comme guide touristique certifié par le ministère du Tourisme autour de Madagascar.









