Récit d’une traversée Soanierana Ivongo – Sainte-Marie épique et conseils pratiques

C’est un pèlerinage que beaucoup connaissent ou rêvent de faire : quitter l’agitation de Tamatave pour rejoindre la douceur de l’île aux Nattes ou d’Ambodifotatra. Mais comme tout paradis, il se mérite. Mon récent voyage aller-retour avec une agence locale m’a rappelé que la traversée Soanierana Ivongo – Sainte-Marie est une aventure à part entière, capable du meilleur comme du pire. Entre l’adrénaline du passage de l’embouchure et le confort aléatoire des navettes, voici mon carnet de bord et mes conseils pour survivre au trajet.

 

L’Aller : L’illusion du confort parfait

Tout commence bien avant l’aube. Il est 3h00 du matin lorsque la navette de l’hôtel passe nous prendre. À 3h10, nous sommes au bureau de l’agence à Tamatave. L’organisation semble huilée : les guichets sont ouverts, les agents accueillants. Le véhicule qui nous attend pour le transfert vers l’embarcadère est un beau Crafter.

Le départ effectif a lieu vers 4h30. Le trajet se déroule sans encombre, confortablement installés à trois par banquette. Arrivés à 9h30 à Soanierana Ivongo (SI), l’espoir d’une traversée fluide est permis. Un hangar permet aux passagers de patienter à l’abri sur le quai.

Cependant, la patience est la première vertu du voyageur. Après l’appel et l’embarquement des bagages puis des passagers, une longue attente s’installe à bord du bateau. La raison ? Une désorganisation liée à sept retardataires que l’agence a décidé d’attendre. Résultat : alors que nous étions prêts depuis une heure, le bateau ne largue les amarres qu’à 11h30.

Si vous n’êtes pas habitué à la mer, la traversée Soanierana Ivongo – Sainte-Marie peut se transformer en épreuve de foi. Ce jour-là, l’océan était agité. Le passage de l’embouchure (le fameux vinany) reste le moment critique. Le bateau, propulsé par ses moteurs Cummins (réputés fiables selon les connaisseurs), sautait littéralement sur les vagues.

Les gilets de sauvetage sont bien là, en nombre suffisant pour tout le monde, mais l’inconfort est palpable. Les sièges sont disposés par rangées de trois individuels, mais nous y étions serrés à quatre. Pour ma part, j’ai récité le Psaume 23 un nombre incalculable de fois avant d’apercevoir enfin la terre ferme. Sainte-Marie, « Tonga Soa », nous voilà.

L'ambiance à quai lors du traversée Soanierana Ivongo - Sainte-Marie
L’ambiance à quai lors du traversée Soanierana Ivongo – Sainte-Marie

 

Le Retour : Quand la météo dicte sa loi

Le retour, une semaine plus tard, nous a rappelé que c’est l’APMF (l’autorité portuaire) qui décide, et c’est tant mieux pour la sécurité. À cause du mauvais temps, aucun bateau n’a été autorisé à sortir le jour prévu. Nous avons dû décaler notre départ.

Leçon à retenir : Si la mer est mauvaise, les départs s’accumulent. Lorsque le feu vert est enfin donné, c’est l’affluence des grands jours car les voyageurs de trois jours consécutifs se retrouvent à partir en même temps.

Ce matin-là, départ de Sainte-Marie à 5h00. Contrairement à l’aller, la mer était d’huile, le passage de l’embouchure une formalité, et nous avons même eu la chance d’être escortés par une baleine. Un moment de grâce avant la douche froide du transfert terrestre.

C’est ici que le bât blesse. Pour le retour SI-Tamatave, l’agence avait affrété un taxi-brousse, un Sprinter (type fourgon vitré), pour absorber le flux de passagers. Si à l’aller nous étions des clients choyés, au retour, la logique de rentabilité a primé sur la dignité humaine.

La réalité des chiffres est brutale : 32 places assises selon la carte grise brandie par la responsable pour justifier l’entassement. Concrètement ?

  • 5 personnes par banquette :Impossible de s’asseoir droit, on voyage de travers, écrasé par le voisin.
  • Les strapontins :Aucune possibilité de s’adosser.
  • L’insécurité :Ma fille s’est retrouvée assise sur le passage de roue, avec la sensation d’être « posée par terre ». Les cinq hommes robustes qui voyageaient avec nous ont vécu un calvaire de 5 heures.

Au-delà de l’inconfort, c’est la sécurité qui interroge. Comment évacuer rapidement 32 personnes « sardinisées » dans un fourgon en cas d’accident ? Si les locaux semblent habitués à cette promiscuité, pour un voyage vendu comme un transfert, la prestation s’apparente à un taxi-brousse bas de gamme, indigne du prix payé.

L'intérieur du Taxi-Brousse au retour
L’intérieur du Taxi-Brousse au retour

 

Bilan et conseils pour votre traversée Soanierana Ivongo – Sainte-Marie

Ce périple laisse un goût mitigé. L’agence assure une sécurité maritime sérieuse (respect des décisions de l’APMF, gilets, moteurs performants), mais la gestion logistique du transfert terrestre au retour peut gâcher l’expérience.

Voici ce qu’il faut retenir pour préparer votre traversée Soanierana Ivongo – Sainte-Marie :

  1. Anticipez les aléas météo : Prévoyez toujours une marge d’un ou deux jours au retour. Si l’APMF bloque les bateaux, c’est pour votre survie.
  2. Choisissez votre point de départ :
    • Soanierana Ivongo (SI) : Le trajet en bateau est plus court, mais la route pour y aller est longue et l’embouchure peut être effrayante.
    • Mahambo avec El Condor : Une alternative souvent citée pour éviter la route dégradée jusqu’à SI et le passage du vinany, bien que les problèmes de départs décalés soient similaires.
    • Maroantsetra – Foulpointe avec L’agence Melissa Express est recommandée par certains voyageurs pour sa bonne organisation et ses navettes spacieuses.
  3. Le confort est variable : Soyez conscients que les véhicules type Sprinter ou Crafter sont souvent des fourgons aménagés. Si la carte grise indique 32 places, l’agence les remplira, au détriment de vos jambes et de votre dos.
  4. Sécurité avant tout : Si la mer est mauvaise à l’aller, n’insistez pas. L’expérience peut être traumatisante.

En résumé, Sainte-Marie reste une destination magique, mais le voyage pour y parvenir demande de la patience, un estomac solide et, parfois, une bonne dose de philosophie.

 

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©Hanitra Artinah

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