Célia Rakotondrainy : jeune artiste peintre passionnée par Madagascar

Bonjour Célia, merci de nous avoir accordé ce petit interview. Pouvez vous nous parlez un peu de vous? 

Je suis née dans le 14ème arrondissement de Paris d’un père métisse gasy et d’une mère française. J’ai bientôt 25 ans et habite désormais à Berlin en Allemagne. J’ai un grand frère, Damien, qui est pilote de ligne, qui est de 5 ans mon ainé et dont je suis très proche.

Dans la famille nous avons toujours été attirés par différents arts comme le piano, le chant, le théâtre, le cinéma ou bien les arts visuels, je pense que nous sommes une famille de passionnés, et que nous avons besoin de cette passion pour mener à terme nos différents projets qu’ils soient personnels ou professionnels.

J’ai grandi en banlieue parisienne à Antony dans un contexte multiculturel avec des personnes venant de tous les horizons, et je dois dire qu’aujourd’hui je me rends compte de la chance que ça a été.

Rakotondrainy Célia artiste peintre passionnée par Madagascar
Rakotondrainy Célia artiste peintre passionnée par Madagascar

Quel a été votre parcours scolaire et professionnel ?

J’ai fait en grande partie ma scolarité à Antony avant de passer deux ans en internat au Collège de Juilly puis j’ai passé mon bac au lycée Massillon dans le quartier du marais à Paris.  A ce moment là je souhaitais intégrer une école d’art ou de design mais je n’étais pas forcément en phase avec moi même et je n’étais pas franchement sûre de ce que je voulais. J’avais également peur que l’école d’art, par son côté académique, les examens et les devoirs m’éloignent de « l’enthousiasme artistique ». J’ai du coup opté pour un parcours beaucoup moins créatif qui à mes yeux m’assurait probablement plus de sécurité, j’ai donc passé les concours pour les écoles de commerce de Paris et j’ai été acceptée à l’Iéseg où j’ai étudié pendant cinq ans. J’ai effectué les stages principaux dans le milieu de la culture, en agence créative à Berlin et en galerie d’art chez Laurent Godin à Paris.

Madagascar Painter Child
Madagascar Painter Child

Mon projet initial serait d’ouvrir une galerie d’art africain centrée sur les artistes émergents du continent. Seulement, j’ai découvert la peinture l’an dernier et il semblerait qu’il y ait un changement de parcours ! C’est majoritairement grâce à mon copain qui l’an dernier m’a offert pour noël mes premières toiles et tubes d’acrylique, je le remercie chaque jour pour ça. Sans vraiment trop savoir ce que je faisais, j’ai plongé dans la pratique et je ne me suis pas arrêtée depuis !

Quelles sont vos spécialités ?

Il n’y a pas si longtemps je vous aurais répondu la photographie, mais vous l’aurez compris aujourd’hui c’est la peinture ! Dire que cela est ma spécialité est peut-être fort, je suis encore en phase d’apprentissage, de découverte et rien n’est fixé, le processus artistique change d’une toile à une autre. J’ai encore un long voyage devant moi qui m’attend avant d’être vraiment satisfaite de ce que je produis.

Jouets recyclés, acrylique sur toile, 60x80cm
Jouets recyclés, acrylique sur toile, 60x80cm

En peinture acrylique je ne fais presque que du figuratif, principalement des portraits avec une grande préférence pour les enfants dont le regard est toujours vrai, pure et me transmet beaucoup d’émotions mais aussi beaucoup de souvenirs.

D’un autre côté j’aime également travailler avec la résine epoxy et là ce ne sont que des travaux abstraits qui sont des impressions des diverses pierres précieuses dont l’île rouge est remplie. J’ai toujours été fasciné par la beauté des pierres mais j’aimerais que l’on se concentre un peu plus sur leur provenance. La magnifique bague que l’on souhaite tous porter a certainement mis en danger la vie de biens des mineurs. Quand on voit par exemple que 15% de la production mondiale de Saphir vient de Madagascar il est aberrant de constater les conditions dans lesquelles ils travaillent. L’industrie n’est pas assez contrôlée et la majeur partie de la (sur)exploitation se passe de manière non officielle, illégale. Il y a pourtant là un potentiel énorme, mais à quel prix ? On peut alors aussi parler de l’impact catastrophique que l’extraction des pierres a sur l’environnement. Trop de personnes perdent la vie dans l’espoir de sortir du sol la plus belle pierre qui sera achetée à un prix modique puis revendue en occident à un prix faramineux. A travers ces résines et ce style abstrait j’exprime ce contraste entre le nord et le sud, entre beauté esthétique pour les uns et illusion d’un avenir meilleur pour les autres.

Jaspe vert brut, acrylique et résine, 50x60cm
Jaspe vert brut, acrylique et résine, 50x60cm

Pouvez-vous nous expliquer votre démarche artistique ?

Ce à quoi je suis le plus attachée c’est la création, la construction et voir le dessin se transformer peu à peu jusqu’à ce que les volumes apparaissent et confectionnent un ensemble cohérent. Je ne mixe quasiment aucune couleur sur la palette mise à part la base qui donnera le ton de la peau. Je préfère coucher les couleurs sur la toile et les mixer sur la toile, cela donne plus de profondeur et permet d’achever des dégradés plus délicats car il faut se rappeler que les acryliques sont des peintures qui sèchent extrêmement vite contrairement aux huiles qui laissent à l’artiste plus de temps pour fusionner, marier les couleurs ensemble. J’évite un maximum de rincer mon pinceau car j’aime le fait qu’on se rende compte que le blanc que l’on croit voir n’est en fait pas que du blanc mais un mixe de 3, 4 ou 5 couleurs.

N’ayant suivi aucun cours de peinture ma démarche artistique est entièrement fondée sur l’exploration disons instinctive, je me déplace sur la toile comme je le sens, ce qui peut paraître complètement désorganisé. Chaque toile se présente comme un nouveau défi à relever, et j’essaie à chaque fois de découvrir de nouveaux pinceaux, de nouvelles manières de tirer les couleurs.

J’ai fait pas mal de recherches sur différentes techniques et règles d’art, il y en a certaines qui m’ont parlées directement et que j’ai appliqué et d’autres dont je me soucie moins. Ce qui me fascine avec la peinture ou le dessin c’est de réaliser comment nos propres yeux nous trompent à longueur de temps, cela se remarque davantage avec la peinture car toutes les couleurs que l’on pense voir n’ont en réalité aucun rapport avec les couleurs que j’applique sur la toile. La phrase expliquant qu’un artiste peint avec ses yeux et non avec ses mains est une vérité absolue !

Pour la résine c’est complètement différent, il faut que je mixe mes couleurs au préalable afin de les mélanger à la résine. J’utilise soit de l’acrylique en tube, en pigment ou en encre car l’aspect change en fonction du type d’acrylique. Je prépare d’abord des croquis pour savoir où faire couler les couleurs et avoir une idée du résultat, je parle d’idée de résultat tout simplement car on ne peut pas tout maîtriser avec cette technique et c’est là toute la magie ! Je travaille le mouvement et la fluidité des matières à l’aide d’un pistolet à air chaud, des bâtonnets en bois, des spatules, des bombes aérosols et tout autres objets que je trouverai utile à la confection de l’oeuvre sur le moment. Ici la création se fait sur l’instantanéité, la résine sèche assez vite donc il est important de faire attention au temps qui passe.

Préparation des couleurs pour la prochaine peinture à la résine
Préparation des couleurs pour la prochaine peinture à la résine

Pourquoi avoir choisi Madagascar comme thème principal de vos tableaux d’arts?

Depuis toute petite je passe mes vacances à Nosy Be dans la maison de mes parents, j’ai donc énormément de souvenirs et d’attache pour cette île si magnifique où j’ai eu la chance de rencontrer des personnes fantastiques qui sont aujourd’hui des amis proches, une seconde famille.

Tout me transporte à Madagascar, les senteurs, les paysages, la musique, la gastronomie, les coutumes, les gens. Dès lors que je mets un pied sur le sol malgache j’ai l’impression d’être ressourcée, tout est si différent de là où je vis le reste de l’année. L’an dernier c’était la première année où je n’ai malheureusement pas pu me rendre à Mada et autant vous dire que je l’ai très mal vécu ! J’étais si nostalgique que je regardais quasiment tous les jours les photos de mes séjours précédents et puis j’ai eu envie tout naturellement de peindre certaines de ces photos jusqu’à ce que je ne puisse plus m’arrêter !

L'océan Indien me manque !
L’océan Indien me manque !

Trop souvent j’ai lu dans la presse française ou entendu des choses très négatives sur le pays, des choses qui souvent s’avéraient être fausses, déformées. Je crois que ce qui m’agace le plus c’est d’entendre à quel point Madagascar est un pays dangereux. Ca me fait mal d’entendre ça, il y a cela dit des endroits où il faut faire attention mais comme partout ailleurs ! L’image qu’on les occidentaux de Madagascar est faussée et cela m’attriste.

A travers mon travail j’ai envie de présenter les malagasy, leurs coutumes, leur quotidien et surtout montrer qu’ils sont tout simplement comme tout le monde, seulement ils font face à une grande pauvreté et manquent malheureusement de moyens matériels et financiers pour faire avancer les choses. J’ai l’impression que Madagascar est trop souvent oublié, mis de côté, et ce même dans les livres d’histoire, je me souviens par exemple qu’au collège lorsque nous avons étudié la « décolonisation » Madagascar n’apparaissait nulle part. Cela m’a marqué il faut croire. Il m’arrive également de voir des cartes représentant l’Afrique et Madagascar n’est pas représenté. On parle tout de même d’un pays entier oublié qui en plus est la cinquième plus grande île du monde !

La situation économique du pays est alarmante et les ressources continuent de partir à l’étranger, de la vanille au cacao, à l’huile d’ylang ylang jusqu’aux pierres précieuses, il ne reste quasiment rien aux locaux qui continuent de tenter de survivre.

L'heure du marché à Madagascar, acrylic on canvas,-60x50cm
L’heure du marché à Madagascar, acrylic on canvas,-60x50cm ( De Célia Rakotondrainy)

Madagascar est un pays immensément riche de son histoire et de sa culture, c’est un pays d’origine austronésienne qui se situe sur le continent africain et cette mixité est présente à tous les niveaux : de la langue à la morphologie, de la signature rythmique aux usages ancestraux. Madagascar est un pays qui mérite d’être un peu plus écouté et d’être mis un peu plus sur le devant de la scène afin que la population regagne confiance et reste fière.

Qu’est-ce qui vous plaît dans votre métier ?

Tellement de choses… disons qu’aujourd’hui cela me permet principalement de reconnecter avec mes origines et de comprendre plus amplement d’où je viens.

Pour avancer dans la construction de mon travail je fais beaucoup de recherches sur Mada, j’apprends donc beaucoup et j’arrive enfin à comprendre certains aspects de la culture gasy qui restaient de grands mystères pour moi. Le dernier livre que j’ai lu est « Le tsiny et le tody » de Richard Andriamanjato sur la mort, les ancêtres et tout un monde que nous avons fait cesser d’exister en occident. J’ai trouvé fascinant de voir à quel point les croyances ancestrales ont pu modeler les mentalités et comportements d’un peuple entier quant à leurs prises de décisions et à quel point ce qui est permis de faire et ce qui ne l’est pas est très complexe à Madagascar.

Retrouvaille avec les enfants de Nosy be Madagascar
Retrouvaille avec les enfants de Nosy be Madagascar

Il y a quelque chose que j’aimerais vraiment faire grâce à ce métier. Il y a bientôt 6 ans nous avons fondé avec des amis une association, Handigascar, qui vient majoritairement en aide aux enfants handicapés de la région nord du pays. Tous les ans nous apportons du matériel scolaire, paramédical et ludique et nous essayons de passer beaucoup de temps avec les enfants du centre Stella Maria quand nous sommes sur place afin aussi d’alléger les tâches quotidiennes des sœurs gérant le centre. On aide également ponctuellement et à hauteur de nos moyens le CMC d’Ambanja. A terme j’aimerais pouvoir combiner ces deux projets et qu’une partie du prix de chaque oeuvre soit directement reversé à l’association, ce qui nous permettrait d’avoir des ressources régulières pour continuer nos actions.

Ambanja Madagascar (Célia Rakotondrainy)
Ambanja Madagascar (de Célia Rakotondrainy)

Je vous invite donc à visiter notre site internet www.handigascar.com et à nous contacter si vous souhaitez nous aider, si vous avez du matériel médical / paramédical ou tout simplement des contacts pour que la logistique France / Madagascar devienne plus facile à gérer.

Sur quelles adresses pouvons-nous vous contacter alors?

Sites internet : www.celiarako.com ou www.handigascar.com
Adresses e-mail : info@celiarako.com ou celia@handigascar.com
Instagram : https://www.instagram.com/celiarako/
Facebook : https://www.facebook.com/C%C3%A9lia-Rako-1894028364017769/ (un max de j’aime svp 🙂 )

Y-a-t’il autres choses que vous voudriez partager avez nous ?

Nous avons perdu notre grand-père trop tôt et du coup, je ne parle pas malgache ! J’arrive cela dit à comprendre certaines choses en Sakalava mais je suis loin de pouvoir faire une phrase ! Ici donc se tient ma résolution 2019 : apprendre le malgache.

Merci Célia. Bonne chance et bon vol pour vos projets.

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Un commentaire sur “Célia Rakotondrainy : jeune artiste peintre passionnée par Madagascar”

  1. bonjour.. je suis artiste peintre aussi,j’habite a Manakara-v7v. pouvez-vous me dire comment on fait pour etre publie par votre redaction car j’aimerais me faire connaitre. merci(pas d’accent de faute du telephone )

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